Δ Billet RTT (©unechicfille)
Comme d'habitude je voulais participer au concours de T&N de ce printemps sur la couture masculine, il me restait juste à faire des photos du cadeau d'anniversaire pour mon frère = le test de la taille 50 de la chemise qui commence à me sortir par les trous de nez, et puis Ginette (©jaddo) en a décidé autrement en me sucrant le pont du 1er mai.
À la place, pour avoir un petit quelque chose à montrer, j'ai continué à taquiner Illustrator en émettant divers bruits de basse-cour - braiments (hîîîîîîîîîî), mugissements (MAIS HEEUUUUUU!!!), glougloutements (oulah-oulah-oulah), piaulements (pi-you, pi-you!), miaulements (mais où, mais où ?) -, et ai travaillé à mettre en forme le patron de chemise mixte testé dernièrement. A force, et grâce à l'aide du très bon cours de Lauren Dahl sans-qui-rien-de-tout-ça-n'aurait-été-possible, je me suis prise au jeu du designer de patron, commercialisation exceptée. Ce qui ne veut pas dire objet dépourvu d'identité.
- Att'assion, concept -
Tous les cours de marketing du soir vous le dirons, pour faire naître une marque, il vous faut une histoire. (Ne nie pas consommateur, tu es comme ça ! Il te faut un potentiel d'identification, de belles et grandes intentions, de la fraîcheur, du rêve ! Tu veux te sentir participer à l'aventure !) Voici la mienne. J'aime la musique, la pop en particulier. Et l'album Liberation de The Divine Comedy, tout spécialement. Je passai une semaine ensoleillée, en juillet 2006, à découvrir et écouter cet album en boucle tout en essayant de reproduire à tâtons cette robe aperçue dans le programme télé des Inrocks :

Tu me plais toujours, toi. Je n'ai pas dit mon dernier mot !
Avec une espèce de polyester à fleurs ridé et transparent qui s'effilochait et du ruban en satin de plastique (c'est jeune et ça ne sait pas). Au bout d'une semaine, j'avais une robe doublée à peu près mettable, dont l'encolure s'est misérablement déchirée une heure avant la cérémonie le jour où j'ai voulu l'enfiler pour un mariage... Voilà mon histoire.
Ah non, je n'ai pas tout dit. La première chanson de l'album, Festive Road, est une ouverture simple et gaie en piano-voix. De quoi y est-il question ? D'un héros de dessin animé anglais, Mr Benn (pas celui au nounours), qui franchit le seuil d'une boutique de déguisements et se retrouve projeté dans une nouvelle aventure chaque fois qu'il y enfile un costume différent. Avec le temps, je me suis aperçue que cette chanson était une bonne mascotte pour exprimer ce que que représente pour moi la création de vêtements : un travail sans prétention qui pousse sans cesse à l'exploration et permet de se projeter dans des rôles différents.
Pour filer la métaphore, chacun des patrons développés (ce col de chemise ! Il raye le parquet...) sera baptisé d'après une chanson, d'abord parce que ça m'inspire, et ensuite parce que je trouve de nombreux points communs entre cet "art mineur" et les patrons pochette (pis ça nous reposera un peu des robes Marilyn et des culottes Dagobert (j'éprouve déjà un malin plaisir à penser aux noms de chansons les plus abracadabrants) :
- les patrons à l'unité, c'est un peu le top 50 avec ses stars. Burda te sort un truc bien au milieu de 20 trucs moyens, tout le monde s'en never mind les bollocks; quelqu'un te sort la même chose toute seule avec jeux de lumière et vidéoclip, c'est l'émeute et les petites culottes volantes.
- le format se rapproche de celui d'un single (mais c'est un peu plus cher) : une pochette illustrée avec une surprise dedans.
- comme un single, c'est un petit plaisir qu'on s'offre (s'offrait ?) de temps en temps, et dont on est content de former une modeste collection au fil des ans.
- leur sortie fait l'objet d'une stratégie commerciale : qu'est-ce qui va marcher, faire décoller le groupe, passer le mieux en radio : ce titre ou plutôt celui-là ?
- leur élaboration fait appel à un travail de composition, on parle également de "pattern" pour décrire des éléments de style caractéristiques d'un artiste.
- ils s'intègrent à la culture commune, se reconnaissent facilement, chacun pouvant ensuite en faire l'adaptation, la "reprise".
- on parle de patrons indés comme on parle de groupes indés, même si parfois ça ne veut plus dire grand chose.
Je l'avoue, c'est Pulp qui m'a mis cette évidence devant les yeux, avec la pochette du single Mis-shapes sorti en 1995. Ça aussi ç'aurait fait un beau nom d'ailleurs, pour une ligne de patrons à l'usage des gens qui peinent à trouver de vêtements qui leur vont (We want the things you won't allow us/We won't use guns, we won't use bombs/We'll use the one thing we've got more of - that's our minds).
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J'ai vu d'ailleurs que Cake patterns avait aussi exploité l'idée du disque avec sa collection de basiques "riff".
Restait à trouver un nom pour le modèle. Facile en restant sur Pulp, leur chansons sont truffées de références aux vêtements (pas étonnant que deux de leurs membres aient fini par se mackey avec des stylistes). His'n'Hers étant le nom donné en anglais aux vêtements unisexe, j'ai baptisé de ce nom le patron sans délibération supplémentaire. Si les chocolats Jeff de Bruges vous foutent le cafard et que votre canette de fil se termine toujours avant que vous en ayez fini, alors n'hésitez plus, ce patron est fait pour vous !
Télécharger « Patron Chemise His'n'Hers (découpage A4+pochette+explications).pdf »
Télécharger « Chemise His'n'Hers découpage A0.pdf »
ERRATUM : Dans la partie "Marges de couture" des explications, il faut comprendre "parementure" au lieu de "parement", et j'ai oublié que la marge réduite à 0,5cm concernait le bord supérieur du rabat de poche ET celui de la patte d'épaule.
Mode d'emploi
Pour être honnête, ça me fait un peu chier de n'avoir que du PDF à proposer, parce que je suis la première à trouver ça enquiquinant à assembler et à déplier pour s'en resservir, voire à boycotter quand ça dépasse une vingtaine de pages, mais en restant gratuit je ne vois pas d'autre solution (je suis philanthrope, mais pas millionnaire). Au moins j'ai laissé la possibilité si vous le souhaitez de pouvoir le sortir sur une imprimante grand format (A0). L'avantage du grand format étant que vous pourrez inclure les marges de couture conseillées au découpage, alors que les pièces sur le format découpé A4 étaient trop serrées pour cela.
Il y a des petites marges de 3 et 5 mm pour s'ajuster à la zone d'impression des imprimantes A4, ce qui signifie un peu de découpage à faire avant de scotcher les feuilles ensemble. Ça ne plaira pas à tout le monde, mais je trouve qu'il vaut mieux ça pour l'exactitude et le rendu que des petites zones où il faut imaginer la continuité du trait. Le fichier s'imprime en rotation automatique, en restant à 100% (pas d'ajustement à la zone d'impression). Commencer par imprimer la première page où figure le carré témoin de 5cm de côté pour vérifier que l'échelle est correcte, puis imprimer les 15 autres pages, +/- les 2 pages pour fabriquer une pochette, +/- les 2 pages d'explications.
En coupant chaque marge du haut et de gauche, l'assemblage des 16 feuilles est l'affaire d'1/4 d'heure.
La pochette est très simple à fabriquer : le dos s'encastre dans les ailettes du devant qu'il faut y scotcher (mettre un bon morceau de scotch en renfort à l'entrée de pochette). Le devant consommera probablement autant d'encre que le patron entier, mais bon, j'y tenais.
Toutes les tailles, du 42 au 52, sont présentes sur le même calque. Lauren montrait aussi comment mettre chaque taille sur un calque dédié pour sélectionner uniquement ceux désirés pour l'impression, mais pour une première c'était un peu ambitieux. J'ai procédé à l'attribution des tailles en fonction du barème Esmod et en adaptant au retour des personnes sur lesquelles elle ont été testées. Les principales dimensions de la chemise terminée sont indiquées pour aider à faire son choix.
Elle est d'un niveau intermédiaire : les deux points les plus techniques sont les pattes de poignet et la pose du col.
Pour le choix de la taille, le plus judicieux est de s'appuyer sur le tour de poitrine (l'encolure étant assez large, il y a peu de chance qu'elle soit le facteur limitant). Si la différence TH-TP>10cm, mieux vaut faire le lien avec une taille supérieure entre la taille et les hanches.
Avertissement : C'est une chemise sans pince, cintrée sur les côtés. Étant donnée l'absence de test sur gros bonnet, je ne me peux me prononcer sur un rendu plus ou moins flatteur sur une femme dont la poitrine dépasserait le bonnet C. Étant donné le cintrage, même s'il reste modeste, un homme peu habitué à voir sa taille soulignée préfèrera peut-être l'atténuer en décreusant les côtés lors de la coupe des pièces.

Gros bonnets & gros culs, vous voilà prévenus
Pour rappel, voici l'aspect de la chemise portée par les personnes sur qui elle a été testée et leurs mensurations. (j'aime avoir accès à ce genre de détails quand un vêtement est présenté sur un mannequin : les mensurations du mannequin, la taille du vêtement porté, et s'il y a eu des adaptations faites sur le vêtement présenté).
Pour moi (89/72/101, stature 173cm), je choisis la taille 44 en raccourcissant les manches de 4cm. Les fesses ayant tendance à tirailler, le tomber plus à mon goût quand j'agrandis les hanches au dos à la taille 46. Je pourrais même donner encore un peu de lest.
Pour ma mère (91/81/96, stature 163cm), la taille 46 (hanches en 44) avec les manches et la longueur raccourcis de presque 10cm a fait l'affaire. On peut noter que l'encolure n'a pas été très bien soutenue à la pose du col ;)

Mon biquet (91/76/92, stature 176cm) n'aimant pas les chemises trop cintrées, il a choisi la taille 48, qui lui convient.

Elle a manifestement été portée
Pour mon frère qui a la taille moins marquée (97/84/94), j'ai choisi la taille 50, en agrandissant au 52 au niveau de la taille. En effet, comme c'était un cadeau je voulais être sûre qu'il se sente bien dedans, aussi m'a-t-il prêté une des ses chemises préférées pour que je puisse comparer ses mesures à celles de la taille que j'allais choisir. On voit clairement sur les photos que cette chemise vient juste d'avoir été dépliée que j'aurais pu prendre la taille du dessous, le 48, qui correspond bien à ses mensurations.

J'espère avoir produit un patron intéressant et facile d'emploi, et que je fais honneur à ma formatrice outre-atlantique (même si elle a dit dans son cours qu'elle botterait les fesses de quiconque ne ferait pas payer le juste prix pour son travail :P (de toutes façons je reste ouverte à toute sorte de pot-de-vin en nature !)). J'en profite pour glisser un merci aux autres producteurs de patrons, tous poils confondus ; sans leur travail préalable, je n'aurais pas disposé d'une si grande variété de points de repères pour savoir quel aspect je préférais donner à mon travail, et je me serais peut-être découragée avant la fin.
N'hésitez pas à me dire en commentaire (vous pouvez toujours utiliser le mail si vous avez des trucs hyper intimes ou injurieux à me dire, mais je préfère les com' comme ça tout le monde peut en profiter) si vous voyez des erreurs ou trouvez qu'il manque des trucs ou au contraire s'il y a des détails inutiles ou perturbants.
Dernière précision : le patron est placé sous Licence Creative Commons BY-SA (attribution, partage dans les mêmes conditions), sans restriction sur un éventuel usage commercial. C'est-à-dire que tant que l'information que son origine ne se situe pas dans la cuisse de Jupiter mais dans la mienne est communiquée, je ne vois pas de problème à ce que des vêtements faits d'après ce patron soient vendus ou réalisés en cours de couture entre autres cas. Cela autorise même à revendre des copies papier ou voire, soyons fous, le fichier PDF lui-même, à condition que leur libre utilisation soit toujours autorisée et que le public soit clairement informé de leur origine (par exemple par un lien vers ce billet ou vers le fichier original) et de la possibilité de se procurer cet original gratuitement. Le patron en lui-même peut être modifié, mais l'œuvre dérivée doit être partagée dans les mêmes conditions : communication de l'origine et des modificateurs, même licence (CC BY-SA).
Et si ça ne plaît à personne, il ne me restera plus qu'à chanter avec Renaud (et partager sa bouteille de rhum, bien entendu)
"Je lui ai dit ma chanson s’appelle « Sur le cheming de la route »
C’est l’histoire d’une nonne, amoureuse d’un caillou,
Dans sa vie y a plus personne, que les marchands et les fous.
Elle veut retrouver sa terre, ses chèvres t ses brebis,
Fuir le doute et la poussière, et revoir sa Normandie."
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Tant qu'à prendre tout mon temps pour pondre, j'ai profité du test du pdf tout frais imprimé dans ma taille pour prendre des photos de sa fabrication et m'en servir comme support pour faire les petits dessins des explications (j'ai essayé de les faire sous Illustrator, et là c'est vraiment du temps jeté par les fenêtres, j'ai repris mon crayon avant de me pendre). Par contre, pour me lancer un défi supplémentaire, je l'ai coupé dans une viscose aussi preste que le furet du boisjoly, ça a donc pris trois fois plus de temps qu'avec un bon vieux coton des familles. L'angulation baroque des poches poitrine est le stigmate de la misère que ça a été. Et j'ai fait des coutures anglaises (autant dire que pour avoir une chance de respecter au millimètre les marges de coutures avec ce tissu plus coulant qu'un camembert sous la lumière d'août et plus effiloché qu'une tunique de hippie au terme d'un tour du Massif Central à dos de bidet, j'ai posé un cierge et fait dire 5 messes avant).
Grande première, j'ai entoilé au lieu de thermocoller, ce qui donne un beau rendu (et rend la viscose beaucoup moins sujette au froissement. Soupir). J'ai aussi rajouté au feeling une bande d'entoilage sous la bande de boutonnage car je déteste que cette zone se replie sur elle-même quand ça tire sur les boutons.
I'm frightened of non-professional looking garments. How about you : what makes you frightened ? :))))
EDIT : une réalisation est visible ici
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